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Burning Man m'a toujours intriguée avec les photos reportages et histoires qui en sortait ainsi que le celebre episode de Malcom in the Middle. Je me suis toujours demandée ce qu'était Burning Man derrière le mystère et de quelle façon les festivaliers vivaient l'expérience. 

Remi Jaouen, 29 ans, a grandi à Quimper en Bretagne et est photographe professionnel depuis plusieurs années que j'avais rencontré avec le photoclub de Paris Dauphine. Il a fait des études d’ingénieur à Brest mais ce n’est que vers 23 ans qu’il a réellement commencé la photographie, comme un déclic qui est ensuite devenue une addiction. D’ingénieur à photographe à temps plein, il a souvent la bougeotte et reste rarement au même endroit. Entre Paris et Bretagne, Mariages l’été en France et longues aventures dans le monde entier, cette année il a tenté le mystérieux Burning Man aux Etats-Unis. Il m'a raconté son aventure ainsi que sa traversée des Paris, made in USA.

Lever de soleil a Burning Man. Photo: Remi Jaouen

C’est une belle aventure que tu as fais, quel était ton périple prévu?

Je suis arrivé à San Francisco oú j’ai passé 2 jours à visiter avant de rencontrer Eric Bouvet (ndlr: photographe professionnel régulièrement publié dans Time, Life, Newsweek, Paris Match, NYT magazine et le Sunday Times Magazine) et Olivier Mahory (ndlr: le chef du bureau US pour Paris Match) qui m’ont emmené dans leur camping car jusqu’au Burning Man. Tous les deux étaient là pour un papier pour Paris Match ce qui a été d’une grande aide pour mon organisation. On est donc allé dans ce désert du Nevada en traversant Sacramento.

Après le Burning Man nous sommes rentrés à San Francisco. De là, j’ai trouvé une voiture à amener de Seattle jusqu’à New York ce qui correspondait à peu près au périple que je voulais faire et je ne payais que l’essence. Je suis resté quelques jours à Tacoma me reposer chez une amie, histoire de recharger mes batteries avant ce long périple. J’ai ensuite traversé de nombreux états dans lesquels j’avançais au fil des paysages et des rencontres.

Je dormais dans des motels typiques la nuit, souvent dans de toutes petites villes parfois un peu flippantes, dans des lieux un peu miteux mais clichés de l’Amérique profonde. J’ai donc traversé les états de Washington, Oregon, Idaho, Utah, Wyoming, Colorado et ses montagnes magnifiques, New Mexico et Texas où je suis resté chez un ami du Burning Man, pilote d’avion à qui il est malheureusement arrivé un accident tragique et très soudain. J’ai donc ensuite abrégé la fin du périple et suis allé trouver un peu de réconfort chez un très bon ami d’études qui travaille depuis 2 ans à Colombus dans l’Indiana.

J’étais en retard pour rendre la voiture et je suis rentré d’une traite de chez lui à New York, c'est-à-dire 1200 km sous la pluie battante et dans la nuit, ce qui a été très difficile. L’aventure n’a pas que des bons côtés !

"Il se dit que c’est à partir de sa troisième fois qu’on comprend vraiment le fonctionnement et l’esprit et que l’on profite vraiment de son Burn"

Une participante du Burning Man a Black Rock City. Photo: Remi Jaouen

Pourquoi as-tu choisi de participer à Burning Man? Comment as-tu découvert le festival?

J’ai d’abord vu des photos dans les magazines et j’aimais l’aspect très photogénique : Les gens sont habillés de façon géniale, les véhicules sont déguisés, les œuvres d’art sont magnifiques et toujours très surprenantes d’inventivité, de génie et de technicité.

J’aime les endroits, les communautés où les « règles » de la société, la normalité, la façon de se comporter avec les autres est mise à plat et reconsidérée. Burning Man est un endroit avec ses propres règles, implicites, mais que tout le monde applique. Elles vont toutes dans le sens du respect, que ça soit le respect de l’autre ou de son environnement.

Je ne sais plus exactement quelles photos j’ai vu en premier mais je sais que j’en ai vu beaucoup d’Eric Bouvet, c’était donc amusant d’y aller avec lui pour ma première fois. Pour moi c’était surtout une énorme curiosité car beaucoup de choses différentes se disent sur le Burning Man et j’aime bien tout savoir, maintenant je connais mieux l’esprit du Burning Man et également pourquoi les gens ont tant de mal à le décrire. D’ailleurs il se dit que c’est à partir de sa troisième fois qu’on comprend vraiment le fonctionnement et l’esprit et que l’on profite vraiment de son Burn !

Une "art car" dans le desert. Photo: Remi Jaouen

Peux-tu décrire l’ambiance de Burning Man? Le conseillerais-tu à tous ceux qui rêvent d’y aller?

C’est long à décrire mais j’ai beaucoup aimé le respect et la considération de l’autre. Personne n’est ignoré, et personne n’est plus haut ou plus bas qu’un autre. Ce sont des choses qui m’énervent souvent à Paris: dans la rue ou dans les transports on peut se sentir transparent. Les gens sont souvent durs avec les autres. On s’énerve pour un rien, pour un coup de klaxon les gens sont prêts à se battre...

Je le savais déjà avant, mais le Burning Man est une belle preuve que les gens seraient infiniment plus heureux s’ils se respectaient et s’ils étaient gentils entre eux. Le bonheur est aussi un cercle vertueux. Quand on me fait un sourire dans le métro cela me rend heureux et cela me donne la force de sourire aux autres également. Mais disons qu’avec de petits efforts de respect, la vie pourrait être superbe à Paris, il est temps de s’en rendre compte et de changer nos habitudes ! Et ce n’est pas une question d’argent…

Je ne suis pas sûr que tout le monde vive bien le Burning Man. C’est une expérience à part et si on n’adhère pas à l’esprit, je ne pense pas qu’on puisse l’apprécier. Quelqu’un qui croit que c’est une grande fête avec des trucs psychédéliques, de la drogue et des filles à poil, risque d’être déçu, de se sentir en décalage et repartira sûrement le deuxième jour !

Le Burning Man c’est donc plus un esprit et des valeurs, mais dans ce cadre là c’est ensuite une aventure très personnelle, personne ne vit pareil son Burn et tout le monde le décrira différemment.

Portrait de Totem. Photo: Remi Jaouen

Est-ce que tu peux décrire pourquoi et qui va au burning man?

Il est assez dur de décrire le type de personnes qui y va. Je dirais qu’il y a vraiment des gens d’horizons très différents, de tout âge. D’ailleurs il y a aussi des enfants ce qui surprend les gens qui ne connaissent pas le Burning Man. Mais Black Rock City c’est un immense cocon douillet, tout le monde est bien intentionné donc rien à craindre.

Si vous perdez votre appareil photo pro ou que vous l’oubliez quelque part, vous le retrouverez aux objets trouvés c’est presque une certitude (oups ça m’est arrivé!). Donc emmener les  enfants ne présente pas de danger, même si son aventure Burning Man sera donc à narrer à ses camarades de classe. Les gens sont donc très différents mais se ressemblent sur des valeurs et sur les motivations à venir au Burning Man. L’ouverture de soi à l’autre, la découverte de soi, l’expérimentation, le respect de l’autre, la découverte de l’autre … bref le bonheur de vivre tous ensemble !

La nuit a Burning Man. Photo: Remi Jaouen

Est-ce que ces deux aventures t’ont demandé beaucoup de préparation ou as-tu improvisé sur place?

L’organisation en amont était plutôt budgétaire. Pour le Burning Man il faut quand même un minimum de matériel mais que l’on peut trouver à San Francisco, car de toute façon la place est limitée dans les bagages… J’aime bien improviser car cela laisse une liberté et surtout c’est comme cela que l’on rencontre des gens et que l’on fait des choses que l’on pas aurait pas prévu.

Je travaille avec assez peu de matériel donc l’organisation est assez facile de ce niveau là. Il me fallait juste de quoi pouvoir imprimer et aussi de quoi stocker un mois de photos, deux disques dur qui contenaient les mêmes données pour prévenir toute perte de photo du à un choc ou un vol de disque dur.

"Le Burning Man est une belle preuve que les gens seraient infiniment plus heureux s’ils se respectaient et s’ils étaient gentils entre eux."

Portrait de Pimprenelle. Photo: Remi Jaouen

Comment t’es ensuite venu l’idée de visiter tous les Paris des US?

Visiter New York, San Francisco et autres tout le monde le fait, tout le monde en rêve, et tout le monde connaît plus ou moins. Je suis souvent attiré par les choses auxquelles personne ne s’intéresse. Dans un groupe je préfère discuter avec la personne discrète qui ne dit rien plutôt que par celle qui parle bien et que tout le monde écoute.

Un jour je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de villes appelées Paris aux USA, disons que de les visiter était un prétexte amusant pour voir des villes que l’on n’aurait pas idée de visiter sinon. Pour moi pour connaître et comprendre un pays il faut aller partout, New York par exemple c’est finalement une très grande ville qui ne représente pas les Etats Unis, un pays qui a de nombreuses zones rurales et très peu denses comparé à la France par exemple.

On peut rouler une heure sans voir de trace de vie humaine. Je voulais découvrir donc la partie rurale des Etats Unis. C’était aussi une façon de voir leur vision de la France, et leurs allusions à la capitale. Je trouvais que c’était aussi un bon moyen d’aborder les gens en leur disant “I’m from Paris too”. Mais pas le même Paris.

Paris-compressor

Quelle impression as-tu des différentes Paris que tu as visités?

C’est le point négatif de mon périple, après le décès de mon ami pilote je n’avais absolument pas la force ni le courage de faire tous les Paris et d’aller parler aux gens… J’ai donc visité Paris, Idaho vers le début du périple, c’est le plus petit, 500 habitants où j’ai discuté avec la serveuse du seul restaurant. Puis après l’accident j’ai fait Paris, Texas car c’était sur ma route, j’ai photographié la tour Eiffel et le gardien du mémorial juste à côté, qui m’a raconté des choses sur la ville.  Le soir je l’ai passé dans un bar ou j’étais seul avec le barman, j’ai raconté mes mésaventures et lui les siennes. C’est un moment qui m’a fait beaucoup de bien.

J’ai fait rapidement Paris, Tennessee, qui était sur ma route aussi mais il faisait moche et je n’ai pas trouvé de point d’intérêt. Ce qui est un peu déroutant, c’est la construction de ces villes. Il n’y a pas vraiment de centre-ville. Les américains sont tout le temps en voiture, ils vont dans les zones commerciales où il y a des bars et des restaurants, mais dans les centres villes, même à Paris, Texas, la plus grande des Paris, il n’y a quasi personne au centre-ville, donc pas de vie. Dans leurs zones commerciales ce sont souvent des établissements de grandes chaînes et donc elles se ressemblent beaucoup à travers le pays. Et ça, ce n’est pas très intéressant à photographier.

(Les photos de son road trip entre les Paris: http://remijaouen.com/portfolio_page/road-trip-in-the-us/)

La fin du burning man. Photo: Remi Jaouen

Un moment fort qui t’as marqué à Burning Man et/ou sur la route des Paris?

À Burning Man, j’ai photographié une parachutiste qui m’a donné un billet pour monter dans un avion et voler au-dessus de Black Rock City. J’étais tellement content je l’ai dit à tout mon campement. Chris, un ami du camp, m’a dit qu’il était aussi pilote d’avion pour des sauteurs en parachute.

Lors de mon road trip dans le Texas j’ai fait un assez gros détour pour aller le voir chez lui, il logeait autour du centre de saut en parachute et à côté de la piste en terre au milieu des champs. J’ai même finalement sauté en parachute alors que j’en avais trop peur. Mais je voulais vaincre ma peur et j’ai sauté, c’était une sensation géniale ! La boucle était bouclée.

Le soir on a fait la fête comme des dingues à Austin avec d’autres amis du Burning Man. C’était génial. Je trouvais aussi génial qu’il vive simplement, avec tous les instructeurs autour du centre de saut en parachute et que son travail consiste à conduire un petit coucou tous les jours. Je me disais qu’il n’avait pas peur de voler tous les jours, il vivait en prenant des risques mais au moins il vivait sa passion et profitait à fond de la vie. Je m’étais vraiment fait cette réflexion là en y pensant beaucoup, en me disant que c’était le dur compromis de la vie, dans plein de domaines, même en amour, on profite de la vie quand on prend des risques. Plus on prend de risques, plus on profite, mais plus on a de chance de perdre la vie.

Lui il l’a perdu le lendemain. Il allait atterrir, puis finalement il a redécollé, on ne sait pourquoi, et il a piqué du nez soudainement et est mort dans le crash de son avion, de l’autre côté de la route. Je n’avais jamais vraiment été confronté à la mort dans ma vie et cela a été une expérience très étrange pour moi, surtout dans ce cadre de bonheur. C’était une histoire formidable à la fin tragique.

Remi Jaouen en action.

As-tu dû faire face à certaines difficultés durant ton périple?

Celle-ci a été une grosse difficulté. Je pars du principe qu’il faut être heureux pour aller facilement vers l’autre. Quand on a l’esprit occupé, on a du mal à écouter l’autre à être ouvert. Ensuite j’ai eu juste avant une autre difficulté technique. J’étais à une station essence et ma voiture était toujours à la pompe à essence pendant que je remplissait mon énorme tasse de café. Pendant ce temps un gros pick-up est venu taper ma Lexus et enfoncer mon aile avant. Quand on a des soucis dans un autre pays que le sien, on ne sait jamais vraiment comment cela fonctionne. Finalement toute la station-service est venue me soutenir et me témoigner de tout ce qu’ils avaient vu. La dame du Subway a même appelé la Police pour faire un « accident report », qui est venue mais finalement ça n’a servi à rien. Le gars s’était enfui et malgré qu’un client ait eu le temps de lire 3 lettres sur sa plaque il était impossible de le retrouver et donc impossible de faire marcher son assurance. J’ai perdu ma caution pour la voiture, 350 dollars, ce qui était une dépense que je n’avais pas prévue.

Le soir a Burning Man. Photo: Remi Jaouen

Comment as-tu approché ton aventure au niveau photographie? Improvisation ou préparation?

Je fonctionne plus ou moins toujours de la même façon en photographie donc je ne pose pas trop de questions. Je photographie les moments de joie, les scènes de vie anodines, justement tout ce qui n’est pas particulièrement intéressant mais tous ces petits moments qui finalement font la vie.

J’aime aussi reporter d’une ambiance générale d’un endroit ou d’un évènement, je prends donc des photos assez différentes pour que les gens s’imaginent au mieux le lieu où l’évènement que je veux raconter. Mais je le fais naturellement, sans y réfléchir.

La seule chose pour laquelle j’ai fait un effort lors du Burning Man et lors du road trip c’est de faire plus de portraits. Repérer des personnes intéressantes, avoir le courage de les aborder et d’expliquer pourquoi eux et pas quelqu’un d’autre, puis faire assez rapidement un beau portrait avec un contexte naturel n’est pas forcément un exercice facile. Je suis assez content des portraits que j’ai pu réaliser.

Evenement dans le desert de Black Rock City. Photo: Remi Jaouen

Aurais-tu des conseils pour une fois sur place, niveau budget, organisation, équipement?

Pour le Burning Man, il vaut mieux y aller avec des gens qui y sont déjà été. L’organisation est assez complexe car on a du mal à imaginer de quoi on va avoir besoin une fois sur place. Le mieux est de trouver un camp et de s’affilier. Ce sera une sorte de famille qui vous soutiendra et saura vous aiguiller.

Pour le budget, il y a sur internet des indications avec des gens qui y sont déjà allés. Tout dépend du confort, si on y va en camping-car ce ne serait pas le même budget qu’en tente. Franchement en tente c’est déjà un gros budget, et ça suffit largement comme confort. Avec juste un bon matelas pneumatique, ça dure une semaine et il faut bien dormir !

 

Remi Jaouen quand il ne photographie pas.

Quelle est ta prochaine aventure?

Je ne sais pas vraiment. J’attends de voir ce qui va m’arriver, les rencontres que je fais, les opportunités que j’ai. J’ai justement récemment rencontré une brésilienne avec qui je me suis bien entendu ! J’aimerais aller la voir car j’aime visiter un pays avec des gens qui y habitent, ainsi je vis ce pays plus comme un habitant que comme un touriste. Elle habite à Sao Paulo, une des plus grandes villes du monde, et j’aime bien les grandes villes qui montrent beaucoup de choses sur les humains. Ce sont pour moi de grandes fourmilières dans lesquels il y a une grande mixité sociale et culturelle. Elles ont leurs propres codes.

Je connais bien Paris, forcément, ainsi que New York et j’ai une petite expérience de Mexico City qui est dans le haut du classement. J’aime bien comparer les choses. Bref, ce serait une belle aventure, même si comme toujours dans la vie c’est l’argent qui manque ! Mais je ne vais pas me plaindre je suis revenu il y a peine deux mois du mon voyage aux USA.

 

Remi continue ses aventures photographiques à Paris. Visitez son site pour découvrir plus de son travail ainsi que son reportage de photographie sur Burning Man: http://remijaouen.com/ 

 

 

 

 

 

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