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Si vous habitez à Sydney, vous avez peut-être deja remarqué ses magnifiques oiseaux dans la vitrine de Telstra sur Georges St. Moi je l'ai découverte grâce au site Art Pharmacy où j'ai tout de suite accroché sur ses oeuvres. J'ai voulu rencontrer l'artiste en personne et en savoir plus sur ces mystérieux oeuvres en papier. Interview avec Marine Coutroutsios, Paper Artist. 

Marine et une de ses dernières créations
Marine et une de ses dernières créations

De la France à à L'Australie, quel est ton parcours?

J’ai étudié les arts plastiques à l’université, j’ai travaillé ensuite deux ans dans un atelier de sculpture puis j’ai repris mes études avec un diplôme d'architecte d’intérieur. J’ai travaillé comme architecte d’intérieur pendant deux ans sur Paris et j’ai ensuite quitté mon emploi pour suivre mon copain aux Etats-Unis.

Je n’ai pas pu travailler là-bas mais j’ai fait quelques allers retours avec la France et j’ai recommencé à dessiner pour moi et créer avec ce que j’avais dans ma valise. J’avais aussi un scalpel que je n’utilisais jamais et j’ai commencé a découper mes illustrations et ensuite faire des formes et l’effet 3D m’a vachement plus. J’ai poussé la-dedans et je m’apprêtais à lancer mon activité en France mais on a déménagé en Australie.

Une fois installés, j’ai lancé mon site que j’ai vraiment axé sur le papier. J’ai vraiment commencé en décembre 2012 avec plusieurs plans d’actions: un calendrier de l’avent sur Facebook avec un découpage  par jour jusqu’à Noël, j’ai démarché pour les magasins de Paddington et Sydney avec mon ipad et un portfolio pour les vitrines. Les gens étaient supers accueillants et j’ai eu quelques réponses. C’était chouette et cela m’a permis de faire un vrai projet public, plus de crédibilité. Je m’étais aussi lancé le défi de faire des petites performances pour montrer aux gens comment je découpais. J’ai réquisitionné quatre cafés différents et je découpais devant les gens. Le dernier café m’a proposé d’exposer mon travail ce qui donnait un peu plus de contenance.

Quand je démarchais les boutiques, j’ai aussi découvert un pop up show dans Oxford St avec Art Pharmacy. J’ai pris contact avec la galeriste et j’avais commencé cette série sur les perroquets. Elle était super intéressée et j’ai vendu la série par son intermédiaire et ils sont tous partis comme des petits pains!

Instagram en Australie, c’est le truc qui a vraiment bien marché et du coup mes projets commerciaux c’est grâce à Instagram. Deux ans après mon arrivée, les contacts que j’avais fait au début se sont révélés, les gens ont vu que je tenais la route et ont commencé à me recommander. J’ai beau envoyer mon portfolio à plein d’agences, c’est vraiment le réseau qui marche ici.

Le mur avec 5000 ronds en papier à Melbourne
Le mur avec 5000 ronds en papier à Melbourne

Comment tu te définirais artistiquement ?

Je ne travaille que avec du papier. C’est marrant comme les termes varient de pays en pays et culture en culture. Ici, ça passe très bien de dire “artist”, les gens accrochent bien alors qu'en France je trouve que ça a une connotation élitiste. Je trouve que ça plutôt un côté très craft et accessible. J’ai toujours du mal à le dire en Français mais ici ils disent “paper artist et designer”. C’est toujours difficile de se définir, mais j’essaye au fur et à mesure des projets d’affiner ma présentation pour que les gens puissent comprendre tout de suite.

Les dessins avant la réalisation des perroquets ronds.
Les dessins avant la réalisation des perroquets ronds.
"Je suis très old-school, je fais tout à la main."

En tant que Française à Sydney, ressens-tu une différence dans ton travail ?

Oui, j’ai trouvé que le fait que je suis française et que je ne parle pas très bien anglais m’a beaucoup aidé. Les Australiens adorent l’accent français donc cela m’a aidé et le fait aussi qu’ils soient obligé de tendre l'oreille pour écouter ce que j’ai a dire. Je pense que inconsciemment ils portent plus d’attention. Aussi ce qui les intéresse est que je traite de choses Australiennes mais avec ma vision d’européenne. Ils aiment qu’on s’intéresse à leur culture et qu'on se l'approprie d’une manière différente.

Que penses-tu de la culture australienne artistique?

Je pense que je suis arrivée au bon moment car on m’a toujours dit qu’il n’y avait pas beaucoup de culture à Sydney par rapport à Melbourne. Mais je trouve qu’il y a de beaux musées, plein de petits galeries pop-up et de gens qui collaborent. Cela grossit beaucoup donc je n’ai jamais senti que ça péchait de ce côté là. A Sydney, je trouve que ça se développe de plus en plus culturellement.

Le détail - photo credit: Marine Coutroutsios
Le détail - photo credit: Marine Coutroutsios

Quels sont les endroits qui t’inspirent?

J’aime bien l’Art Gallery of NSW, qui est un mix entre les choses plus anciennes et contemporaine et la partie aborigène. Il y a aussi des collections asiatiques qui sont intéressantes. En peu de temps tu peux voir pas mal de choses. C’est mon favori. J’aime aussi le musée d’Art Contemporain mais dès fois il est plus difficile d’avoir un recul par rapport aux choses qui sont plus récentes.

Après je suis plus nature, donc j’aime les extérieurs et parcs pour m’inspirer. J’étais émerveillée quand je suis arrivée de voir des perroquets partout dans la rue comme nos pigeons. J'adore les balades comme les Blue Mountains. Je suis plus attirée par le fait d’être immergée dans la nature que dans la ville.

"Il y a 85 pièces pour chaque oiseau."

Quel est ta méthode de fabrication de projet?

Pour les projets personnels, j’ai des bribes d’idées que je vais écrire et faire des esquisses mais sans savoir ce que je vais en faire plus tard. Cela peut prendre plusieurs mois et tout d’un coup une idée va se former et se matérialiser et là je me dis ‘ah mais j’ai envie de faire ça’.

Par exemple, pour les fougères que j’ai fait pour L’alliance Française, j’avais vraiment cette vision des fougères arborescentes où tu as le soleil qui filtre et tu marches dans une autre dimension. J’avais eu l’idée depuis très longtemps et d’un coup j’ai pensé à faire quelque chose de très graphique. J’avais eu l’idée du cercle avec mes perroquets donc je me suis dit que cette fois j’allais prendre le triangle comme contrainte.

Les fougères. Photo credit: Marine Coutroutsios
Les fougères. Photo credit: Marine Coutroutsios

Souvent je dessine sur le papier avant de découper. Par exemple, les perroquets, je fais un pochoir identique pour les plumes. Je suis très old-school, je fais tout à la main. Et les fougères, j’ai fait sur calque pour pouvoir les répéter avec différents agencements et je répétais sur mon papier. Et ensuite je découpe soit avec les ciseaux ou scalpel. La phase de dessin est longue et la découpe aussi mais c’est presque un état méditatif car tu suis la ligne et tu découpes. Pour les fougères, c’était 2 jours à temps plein à peu près. Je les colle ensuite ou j’utilise du scotch double face acid-free ce qui donne l’épaisseur et l’impression de 3D pour ne pas mouiller le papier.

Pour les projets commerciaux, jusqu’à présent on est venu me chercher avec un brief et là c’est à moi de proposer une idée qu’on affine. Et après cela dépend vraiment du projet. J’ai fait un grand projet à Melbourne avec quatre grands panneaux, j’ai utilisé du bois, du carton plume, 5000 petits cercles que j’ai fait découpé et ensuite je collais sur les planches.

Après il y a mes oiseaux à Telstra. Ils sont venus me voir avec une idée de design venant d’une animation. J’ai fait un prototype de perroquet pour eux et après validation, j’ai du en créer 10. C’était un super projet et vraiment intéressant de travailler avec une équipe et l’échange régulier. Il y a 85 pièces pour chaque oiseau. Je travaille tout à la main, j’aime vraiment ce côté de réfléchir avec mes mains. Je ne connais pas les logiciels.

Les 10 oiseaux à Telstra sur Georges St.
Les 10 oiseaux à Telstra sur Georges St.
"J’aime bien l’idée de créer quelque chose de rapide et facile."

Quels sont tes futurs projets?

J’ai récemment fait une collaboration intéressante avec une photographe avec un masque de lapin que j’ai créé pour les mannequins. J’ai aussi une autre collaboration avec He Made She Made et on travaille sur une installation sur le InDesign Event en Aout sur Sydney. On fait les installations pour le showroom, avec du fil avec une compagnie de moquette donc ça change.

Et pour les projets personnels, je commence le challenge des 100 jours sur Instagram. Je ne l’ai pas pris à temps mais je me dis qu’il n’est jamais trop tard et j’aime bien l’idée de créer quelque chose de rapide et facile. Tout ce que je fais est très long à réaliser et j’aimerais bien m’attaquer à des choses très rapides et très concises. J’aime ce petit challenge, je trouve ça marrant et tu peux développer beaucoup d'idées pour la suite.

Marine et un prototype de l'oiseau de Telstra.
Marine et un prototype de l'oiseau de Telstra.

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