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Pierre, 22 ans, est parti pour une aventure hors du commun pendant plusieurs mois en Islande. Maintenant de retour en France, il m'a livré ses impressions. 16134438913_c5623f38bb_k

"Je voulais mettre mon esprit et mon corps à l’épreuve"

 

Quand es tu parti en Islande et pour quelle raison?

Je suis parti début février 2015, avec en tête une vraie aventure. Premier grand voyage pour moi, je ne voulais pas seulement partir d’un point A pour rejoindre un point B (j’appelle cela se déplacer, pas voyager), mais vivre une réelle expérience. Quelque chose qui allait m’habiter pendant plusieurs mois. M’inventer une nouvelle vie, devenir quelqu’un d’autre.

Après beaucoup de recherches, j’ai trouvé un site qui s’appelle Workaway.info, proposant de faire du volontariat dans le monde entier. J’ai postulé pour aller travailler en Norvège, en Finlande, en Patagonie et en Islande. J’ai eu les différents postes - je m’estime chanceux - et j’ai choisi l’Islande ! Vivre dans une cabane au milieu de nulle part, conduire des chiens de traîneaux, c’était plutôt attrayant et excitant. Je voulais mettre mon esprit et mon corps à l’épreuve. La facilité, ça ne m’attire pas!

 

Où es tu parti, avec qui?

En Islande, et plus précisément sur une montagne nommée Skalafell, à un peu plus de 45 minutes de Reykjavik. Je suis partie tout seul, avec deux sacs à dos et mon équipement. Je n’avais pas envie d’être dépendant de quelqu’un ! Et j’avais besoin de vivre cette aventure seul.

 

"Nous avions une loi : dog’s first !"

 

Quelle serait une journée type en Islande comme Musher?

Réveil 8h pour avoir le temps de prendre un café, et se préparer un petit-déjeuner assez rapidement. Surtout le temps de s’équiper pour braver le froid, la pluie, le vent, la neige… Mère nature ne te fait pas de cadeaux en Islande!

Une fois que tu es debout, les chiens le sont aussi et tu dois aller nettoyer le chenil pour 9h. Une fois que tout est propre, tu déplaces les chiens d’une même équipe sur la même ligne. Ce sera plus simple pour attacher les chiens sur le traîneau. On place les deux “lead dogs” en tête de ligne, puis suivent les “team dogs” et enfin les deux derniers chiens sont nommés les “wheel dogs”. Chacun de ces chiens a un rôle bien particulier et il est important de correctement choisir les chiens pour avoir un run efficace et dans la bonne entente.

Nous installons ensuite les traîneaux près des équipes qui vont courir. Ils ont des tailles différentes et nous les choisissons en fonction du poids et du nombre des clients que nous aurons. Le nombre de chiens varie également en fonction de ces critères mais aussi des conditions météos et de l’état de la neige (compact, molle). Nous attachons les gangline aux traîneaux qui est une grande corde centrale attachée au traîneau et qui comporte des neckline (pour attacher le collier) et des tugline (qui viendra s’attacher à l’arrière du harnais du chien). Nous nous assurons que les mousquetons sont bien verrouillés et que le bungee (absorbeur de choc situé entre la gangline et le traîneau pour soulager les chiens) est en bon état.

Vient ensuite le moment d’équiper les chiens de harnais. Chaque chien à une taille de harnais différente et il faut faire attention à ne pas se tromper ! Une taille trop petite par exemple ferait compression sur le chien, causerait des irritations et le limiterait dans ses mouvements.

Une fois que les chiens sont équipés, que les traîneaux sont en place, il est temps d’accueillir les clients. On les équipe de combinaison chaude (thermal full-body suit) puis on prend cinq minutes pour expliquer comment se tenir et se comporter sur le traîneau. Les premiers départs sont à 10h. Les tours durent environ 45 minutes et font de 6 à 9 kilomètres selon les conditions. Au retour, on déséquipe les chiens, puis on refait les mêmes opérations : on prépare les nouvelles équipes, les traîneaux, etc.. Et on enchaîne les tours à 12h, 14h, 16h, puis à minuit. Les horaires variant généralement au fil de l’hiver et des conditions météos

Entre chaque tour nous avons environ près de 30 minutes pour se reposer ou manger un bout.

Entre le sunset tour (à 16h) et le midnight tour (23h) nous donnons à manger aux chiens. Ils ont besoin d’environ trois à quatres heures pour digérer alors il faut le faire rapidement. On prend le temps de se reposer et manger ensemble, puis à 22h, on sort dehors avec les lampes frontales pour répéter les mêmes opérations que dans la journée, mais cette fois dans la nuit et avec quelques degrés en moins ! Et souvent, sous les aurores boréales...

Après le dernier tour, on nourrit une seconde fois les chiens, on vérifie les chaînes pour la nuit et on va se coucher. Il est alors généralement 1h du matin. Seulement, un chien peut se détacher pendant la nuit et alors tout le monde se met à aboyer. Il faut courir dehors et l’attraper. Que tu sois en sous-vêtements ou pas, qu’il y ait une tempête dehors ou pas, on s’en fiche ! il faut être le plus rapide et tu n’as pas le temps de t’habiller. Nous avions une loi : dog’s first !

Enfin quand tu n’as pas de tour, tu déneiges des camions, tu répares des traîneaux, tu nettoies la cabane, tu peux recoudre des harnais ou prendre un chien, enfiler un harnais et faire une randonnée ! Tu ne t’ennuies jamais, il y a toujours quelque chose à faire.

Bref, les journées d’un Musher sont intenses !

 

 

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Quel est ton plus beau souvenir sur place? 

Conduire mes chiens de traîneaux à minuit, sans lampe frontale (elle avait lâché, il faisait trop froid) sous les aurores boréales et la pleine lune. Un merveilleux souvenir, qui restera longtemps gravé en ma mémoire. Et puis il y aussi cette montée d’adrénaline quand tu demandes à tes chiens de courir et qu’ils se mettent à tirer le traîneau comme jamais... Cette alchimie avec les chiens, je crois que c’est le plus beau souvenir que je peux avoir.

 

 

As tu eu un moment de peur, d’angoisse ou un mauvais moment à gérer? Le premier jour, en les écoutant parler, je me suis dit que je n’allais pas faire l’affaire : mon niveau en anglais n’était pas à la hauteur ! Finalement, ils ont su me rassurer et je me suis rendu compte qu’il n’y a rien de compliqué. C’est comme tout : il suffit de se lancer ! Le reste suit.

Aussi, la peur de blesser les chiens pendant les descentes : si tu ne freines pas assez tôt, le traîneau peut heurter les chiens ! Autrement, il y avait les tempêtes. Tu pouvais démarrer un tour sous le soleil, mais te faire surprendre par une tempête de blizzard en plein milieu du tour. Il faut alors rester calme, retrouver la piste, rassurer les clients, ne pas penser au froid qui te gèle les mains et les pieds, t’assurer que tes chiens vont bien… Parfois, la pression n’est pas facile à gérer. C’est pour ça qu’un Musher doit apprendre à rester calme et attentif H24.

"Les chiens sont comme un miroir de ta personnalité"

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Quel était ton rapport avec les chiens? Avec les autres personnes présentes? J’ai rencontré 36 nouveaux ami(e)s ! J’étais très proche de mes chiens. Il faut gagner leur respect et leur confiance et cela peut prendre du temps suivant ton comportement et ton caractère. Il faut également rester calme et agir comme un leader, contrôler ses émotions. Je crois que tu changes énormément quand tu travailles avec des chiens. Ils sont comme un miroir de ta personnalité : si tu es agressif, ils peuvent l’être aussi. Mais si tu es calme et heureux, ils le seront  aussi ! je n’ai d’ailleurs jamais rencontré d’animaux aussi généreux. Donne-leur de l’amour et ils t’en donneront le double, voire le triple.

Concernant les autres personnes, il faut savoir que les mushers ont un caractère bien trempé. Travailler dans des conditions aussi dures, à mener des chiens aussi puissants, implique une grande rigueur et de grandes responsabilités. Il y avait parfois quelques petits accrochages car nos points de vue pouvaient être divergeants, mais dans l’ensemble il y avait une très bonne ambiance. Quand tu vis dans une cabane au milieu de nulle part, avec les mêmes personnes pendant plusieurs mois, mieux vaut bien s’entendre !

 

"C’est une tout autre façon de vivre que j’ai découvert"

 

Que retiens tu de cette expérience? T’as t-elle changé? 

J’ai rempli mes objectifs, j’ai vécu ce que je voulais vivre et bien plus encore. Comme je l’ai dit plus haut, travailler avec les chiens te change énormément. Tu apprends à rester calme et ce peu importe la situation, à trouver des solutions rapidement, à gérer les caractères des clients, à te contenter de peu. C’est une tout autre façon de vivre que j’ai découvert.

Par exemple, nous n’avions pas d’eau courante. Ce qui signifie que nous n’avions qu’une seule douche par semaine, voire pas du tout. Tu apprends aussi à te débrouiller avec ce que tu as ! Un jour une tempête a coupé l’électricité. Nous avons alors utilisé du gel anti-bactériologique pour faire cuire une omelette ! Tu oublies tout le confort de la vie moderne et tu t’accommodes à un mode de vie plus simple, tu n’utilises que ce dont tu as besoin, tu es en sorte plus éco-responsable. Un retour aux sources qui est je le pense, nécessaire.

Aujourd’hui, j’aborde le quotidien différemment. Je ne laisse plus l’eau couler quand je fais la vaisselle ou me brosse les dents, je ne lave pas mes vêtements tous les jours inutilement, je bricole de plus en plus, je prends le temps, tout simplement.

Habitué à une vie plus lente là-bas, j’ai aussi redécouvert la lecture. J’ai lu plus de 10 livres pendant mon séjour : jamais je n’aurais lu 10 livres en 3 mois en France.

Bref, ces trois mois intensifs m’ont définitivement apporté les changements dont j’avais besoin.

 

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"L’Islande t’invite à l’aventure et regorge d’endroits cachés qui n’attendent qu’à être découverts"

 

Comment décrirais-tu l’Islande? 

Une beauté indomptable. Là-bas, la nature prend le dessus sur tout et tu te sens impuissant et si démuni face aux intempéries.

Que conseillerais-tu de découvrir en Islande? 

Le chien de traîneaux ? Haha. Je conseillerai surtout de ne pas suivre les circuits touristiques. Par exemple, si tu veux voir des aurores boréales, loues une voiture et rends-toi sur un lieu isolé et où le ciel est dégagé, tu n’as pas besoin de payer pour t’offrir un tour...  Quant au Blue Lagoon, c’est vrai que c’est très beau. Mais des sources d’eau chaude tu en as des milliers en Islande ! Pars en randonnée et trouve ta propre source d’eau chaude. Tu pourras au moins te baigner tout nu.

L’Islande t’invite à l’aventure et regorge d’endroits cachés qui n’attendent qu’à être découverts. Arme-toi d’un équipement correct, surveille les prévisions météos et organise ton propre roadtrip.

Après, il y a les classiques : le Golden Circle, les geysers.. je recommande aussi vivement de faire de la plongée à la fissure de Silfra, qui se situe dans le lac de Thingvallavatn dans le Parc National de Thingvellir. C’est une fissure entre deux plaques continentales - l’Amérique du Nord et l’Eurasie - où l’eau est si pure et si claire que tu vois absolument tout sous l’eau, révélant des nuances de bleus que tu ne vois autrement que sur ta palette photoshop.

 

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Quelle est ta prochaine aventure?

Je pensais à l’Irlande ou l’Écosse, pour y faire un trek de plusieurs jours en autonomie ou avec des amis. Je pense évidemment aussi à la Patagonie...  À vrai dire, ce voyage en Islande m’a ouvert les yeux et me pousse maintenant à voir plus loin. Pourquoi pas partir travailler dans une hacienda en patagonie, apprendre à monter à cheval puis s’équiper pour explorer l’amérique du sud comme un cowboy argentin ? Jamais je n’aurai imaginé devenir Musher en Islande un jour, alors je m’amuse maintenant à rêver. C’est pas marrant si les objectifs sont trop simples à atteindre.

 

Un rêve que tu voudrais réaliser? 

Acheter une moto, un équipement fiable, tout plaquer et faire un road trip en Europe ou ailleurs, en le documentant. Dans l’idéal, ce serait de faire ce trip en Patagonie. Trouver des sponsors, monter une association ou un projet culturel et devenir un de ces aventuriers modernes qui me font aujourd’hui rêver.

 

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Ps: Connais-tu des mots cools en islandais? 

Malheureusement, je ne connais seulement que “Takk!”  (merci) et Fyrirgefou (désolé). La plupart des Islandais parlent l’anglais couramment et c’est très utile.. l’Islandais est une langue très agréable et très sonore, mais tellement compliquée..

 

Pierre a également réalisé un magnifique documentaire sur son expérience, à visualiser ici:

The Great Journey of a Musher from Pierre Prior on Vimeo.

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